Publié le 5 octobre 2018 | Mis à jour le 26 octobre 2018

Spinoza après Bourdieu

Politique des dispositions

L’anthropologie dispositionnaliste de Spinoza saisit de façon réaliste les ressorts et la finalité de l’État et des institutions. Le rôle des affects, qui disposent à adhérer à un pouvoir qui nous opprime, ou à fomenter une sédition contre un maître que nous vénérions jadis, vient compléter celui de la « violence symbolique », telle qu’elle est théorisée par Bourdieu. Le chapitre I montre en quoi la reconnaissance et la reproduction de l’ordre établi peut en effet s’expliquer par un mécanisme d’incorporation des signes du pouvoir, et renvoyer à l’habitus comme système de dispositions durables. Néanmoins, dans une perspective spinoziste, les dispositions sont plastiques. C’est la raison pour laquelle le chapitre II met en évidence la labilité de l’automate humain en régime de passivité, ouvert à tous vents et fluctuant entre divers affects. Cela explique la facilité avec laquelle les hommes se laissent parfois dominer, mais aussi l’inclination qu’ils ont à se rebeller, pour le meilleur et pour le pire. Cependant, la nature humaine étant « partout la même », les “élites” et les gouvernants sont tout autant susceptibles d’inconstance et d’inconséquence que le vulgaire. C’est la raison pour laquelle le chapitre III analyse l’État tel que Spinoza le conçoit dans le Traité politique, et dont le mode opératoire trouve son équivalent dans la notion de Realpolitik développée par Bourdieu. L’institution politique consiste en une pure machine automatisée qui fonctionne par le concours de tous – la puissance de la multitude disposée affectivement à obéir par le seul jeu anonyme des institutions – mais, paradoxalement, grâce à la loyauté de personne. Car enfin, quelle confiance accorder à ces individus aux comportements absurdes que sont les hommes, y compris quand ce sont des philosophes ?

Date de publication : 27/09/2018

Lien vers l'éditeur

  • Éditeur
    Éditions de la Sorbonne
  • Auteur(s)
    Jacques-Louis Lantoine. Professeur agrégé et docteur en philosophie. Chercheur associé à l'IHRIM, il enseigne dans le secondaire et à la faculté de philosophie de l’université Jean-Moulin Lyon 3.