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Colloque "Nature(s) de la guerre. Ressources, appropriations, expropriations, restitutions dans les Amériques (du XVe siècle à nos jours)"_14-15/01/2026

Du 14 janvier 2026 au 15 janvier 2026

ENS de Lyon, site Monod
MSH Clermont-Auvergne, Amphithéâtre 220

 Le référendum organisé par le gouvernement vénézuélien fin 2023 à propos de l’annexion de l’Essequibo, au Guyana, a rappelé que les frontières du xixe siècle étaient encore susceptibles d’être contestées. De fait, la captation des hydrocarbures ou des métaux rares a constitué le soubassement matériel de plusieurs conflits récents et le réchauffement climatique, avec le spectre des « guerres de l’eau », semble renforcer ces enjeux. En ce sens, cette conférence s’inscrit dans un moment de crise, d’indécision : les catastrophes écologiques peuvent à la fois laisser penser que la conscience d’un plus grand danger sera à même de mettre fin aux guerres ; ou qu’elles ne feront au contraire qu’exacerber les tensions. Face à une telle urgence, la meilleure contribution des sciences sociales est de mieux définir certaines notions en
confrontant des cas d’étude.

Réunissant des spécialistes de différentes périodes et de différentes disciplines (anthropologie, archéologie, histoire, géographie, sciences politiques, sociologie), cette conférence examine les rapports entre le fait guerrier et l’environnement et, pour cela, tente à la fois de faire dialoguer et de mettre à distance deux approches du problème. La première, la plus classique, attribue la survenue des conflits à une pression objectivable sur les « ressources ». Malgré le gain d’intelligibilité qu’elle procure, cette approche suppose trop que la rareté conduit inévitablement à la guerre et que toutes les parties impliquées dans un conflit le perçoivent de la même manière. De ce point de vue, le grand mérite de la seconde approche, plus nourrie par l’anthropologie, a été de pluraliser le rapport à la « nature » en contestant notamment le primat que les sociétés occidentales accordent à l’économie. Avec le risque, cependant, de parfois sous-estimer la dimension matérielle de la guerre et, surtout, de substituer à la description des situations une posture plus prescriptive consistant, par exemple, à changer d’ontologie, d’imaginaire ou de récit.

Le continent américain offre un terrain d’étude intéressant pour penser entre ces approches. Non seulement en raison de la colonisation, de l’extractivisme minier, de l’économie de plantation ou des guerres occasionnées par des produits comme le caoutchouc. Mais aussi en raison de la multitude de rapports aux plantes, aux animaux, aux rivières, aux vents, aux astres, qui, dès avant la conquête, après les indépendances et jusqu’à aujourd’hui, ont façonné des manières originales de s’affronter et de réguler les conflits.

Le titre de cette conférence, « Nature(s) la guerre », renvoie donc autant à la nécessité d’aborder l’inscription environnementale du fait militaire que de le comprendre différemment, en montrant que l’affrontement armé n’est qu’une modalité parmi d’autres de la guerre.

 

Programme :

 

MERCREDI 14 JANVIER 2026

(ENS LYON, SALLE DES CONSEILS, SITE MONOD)

13h45 : Accueil

14h00-15h30 : Conférence d’ouverture (keynote)

Frédéric Spillemaeker (IFEA, Bogotá)
A la lisière des nations, au coeur des ressources : les peuples amérindiens de l’Orénoque (Colombie et Venezuela) face aux guerres (du XIXe siècle à nos jours)

15h45-16h45 : Prises de guerre

Andrés Vélez Posada (U. EAFIT, Medellín)
Esmeraldas en los Andes septentrionales: guerras, valores, usos.

Aliocha Maldavsky (U. Paris-Nanterre)

Restitutions de biens aux Indiens et mémoire des guerres de conquête dans les Andes aux XVIe et XVIIe siècles

17h00-18h30 : Temps de guerre

Antoine Duranton (EHESS)

Déraciner, enraciner. Réflexions sur la place des plantes dans la conquête.

Sergio Orozco-Echeverri (U. de Antioquia)
Shared time, unequal worlds: environmental temporality and the making of colonial order in Early Modern Iberian America

Lavinia Maddaluno (IEA Paris & U. Ca’ Foscari)
Réorganiser le savoir : subsistance, disette, pain et pommes de terre dans les Antilles françaises (XVIIIe siècle)

JEUDI 15 JANVIER 2026

(ENS LYON, SALLE DES CONSEILS, SITE MONOD)

09h00 : Accueil

9h15-10h15 : Espèces de guerre : les supplétifs « non humains »

Jeronimo Bermudez (EHESS)
Gente de fuste : rébellion, négociation et collaboration parmi les vachers de la Grande Chichimèque.

Thomas Brignon (U. de Clermont-Auvergne)
Guerriers par nature ? Le problème des chiens soldats espagnols et de leur démobilisation dans le Paraguay colonial (XVIe-XVIIIe siècles

10h30-12h00 : Espaces de guerre

Olivier Allard (EHESS)

Les ressources de la frontière et les populations autochtones (Venezuela-Guyana)

Christophe Giudicelli (U. Paris-Sorbonne)

Naturaliser la guerre, dénaturer les Indiens. Guerre et dispositifs de civilisation sur les confins américains. XVI-XVIIIe siècle.

Guillermo Wilde (Conicet, Buenos Aires)
Guerra, territorio y gobierno en las fronteras coloniales de América del Sur. Perspectivas y escalas.

VENDREDI 16 JANVIER 2026
(MSH CLERMONT-AUVERGNE, AMPHITHÉÂTRE 220)

9h00 : Accueil

9h15-10h45 : Guerres contre nature

Xavier Perrot (U. de Clermont-Auvergne)
Brèves considérations historico-juridiques sur le «droit de prise» des biens de l’ennemi dans les conflits continentaux et extra-européens (XVIIIe siècle - début XXe siècle).

Alice Vasseur (U. de Clermont-Auvergne)

Les répercussions de la Guerre du Pacifique (Bolivie, Chili, Pérou) sur l’agriculture française entre 1879 et 1884.

Adrien Esteve (U. de Clermont-Auvergne)

La production contestée d’une stratégie environnementale et climatique dans la doctrine militaire étatsunienne.

11h00-12h15 : Table ronde et conclusions