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Les arts et la modernité

Présentation du projet

Responsables: Pierre-François Moreau / Audrey Rieber / Baptiste Tochon-Danguy

Objectif: explorer les réseaux sémantiques dans lesquels « le moderne » est pris afin de mieux cerner la façon dont se construit un concept qui s’avère moins descriptif que normatif.
De ce point de vue, la question de savoir quand commence la modernité artistique est assez secondaire. Vouloir repérer une origine historique, une œuvre incarnant la rupture, conduit à une régression : s’il existe de bons arguments pour soutenir que Manet a introduit la modernité en peinture (notamment depuis Michael Fried, La Place du spectateur, 1990), il y en a également en faveur de Courbet… et de Turner avant lui. Si la question de la datation historique est pertinente, c’est plutôt au sens où chaque positionnement d’un début engage une certaine conception de ce que devrait être l’art. Faire du Déjeuner sur l’herbe le premier tableau moderne, c’est juger de la réussite d’une œuvre en fonction d’un traitement précis de la spatialité ou du motif et, plus généralement, en fonction d’une certaine définition de l’art érigée en norme – à savoir ici une « peinture sans autre signification que peindre » (Bataille, Manet, 1955). Que le moderne soit une valeur apparaît en toute clarté avec le « modernisme » définissant l’art en termes de pureté, comme adéquation à son médium (Clement Greenberg, « Vers un nouveau Laocoon », 1940).

Au centre de la réflexion initiée se trouve donc un repérage des stratégies lexicales de la modernité. Par quels termes l’écart, la rupture, le changement, voire le révolutionnaire sont-ils à chaque fois exprimés ? Dans quel tissu d’oppositions et d’associations la modernité est-elle successivement placée ? Un double corpus peut être considéré : les écrits d’artistes (discours académiques, correspondances, manifestes) et ceux de leurs contemporains (notamment les critiques d’art) ainsi que ceux des générations qui suivent (historiens de l’art, philosophes) et qui insèrent doublement les œuvres dans un devenir de l’art et une esthétique. Mais ce sont aussi les œuvres elles-mêmes qui constituent une part du débat, un artiste pouvant répondre le pinceau ou le burin à la main ! – pensons à Manet, par exemple, construisant une pensée de la modernité dans Olympia qui est une citation déformante du topos de la femme couchée (Giorgione, Titien).

Ce projet va faire l'objet d'un colloque, organisé en septembre 2019.