Publié le 1 février 2022 | Mis à jour le 1 février 2022

"Tirer sur la corde. Douleur et vivisection animale à l'âge classique"

dans L'homme et la brute au XVIIe siècle Une éthique animale à l'âge classique ?

Bartholin 1647, BIU Santé Paris

Bartholin 1647, BIU Santé Paris

Raphaële Andrault (2022) Tirer sur la corde. Douleur et vivisection animale à l'âge classique, L'homme et la brute au XVIIe siècle. Une éthique animale à l'âge classique?, ENS éditions, p. 83-104, 2022. 

Une association d’idées tenace a terni l’image du cartésianisme : la thèse cartésienne des animaux-machines, qui nie la capacité des animaux à ressentir la douleur, aurait favorisé, si ce n’est permis, l’essor considérable des vivisections animales à l’époque moderne. Dans ce chapitre, nous voudrions démêler ces différentes idées et interroger le bien-fondé de leur articulation. En quoi la thèse des animaux-machines, c’est-à-dire la thèse selon laquelle les animaux n’ont pas d’âme, implique-t-elle de nier qu’ils souffrent ? La multiplication des vivisections à l’âge classique est-elle vraiment liée à la négation de la sensibilité animale ? Enfin, comment les philosophes et médecins, cartésiens et non cartésiens, relient-ils alors la question de l’âme des bêtes à celle, scientifique et morale, des investigations sur leurs corps ? Pour répondre à ces questions, nous partirons des quelques textes qui ont associé le cartésianisme à la multiplication inutile et cruelle des expérimentations animales. Nous les confronterons d’abord à la pratique de la vivisection au moment où le cartésianisme se diffuse en France, pendant la seconde moitié du XVIIe siècle. Nous nous attacherons ensuite à la place de la réflexion sur la douleur animale dans les expérimentations médicales : à rebours de l’association d’idées la plus courante, la pratique de la vivisection suppose, souvent sans le dire, qu’une sensibilité commune rende les humains analogues aux bêtes ; comment ce présupposé s’accommode-t-il de la thèse des animaux machines ? Ce parcours mêlera donc deux niveaux d’enquête, l’un relevant de l’histoire de la médecine, l’autre de l’histoire des idées et de la philosophie. Il permettra de réfléchir au poids historique que l’on veut bien accorder à une simple idée, quand celle-ci est envisagée en dehors de ses incarnations textuelles et de son environnement culturel ou matériel. En effet, c’est accorder beaucoup à une thèse, ou plutôt à une doctrine énonçable en quelques mots, celle des animaux-machines, que de lui imputer la pratique massive de la vivisection censée être uniformément réprouvée par le sens commun.

Publication HAL 

Site de l'éditeur 

  • Auteur(s)
    ANDRAULT, Raphaële