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Yohann
DOUET

Post-doctorant du LabEx COMOD de septembre 2020 à septembre 2021.

Thèmes de recherche

Projet de recherche (au sein de l’axe III) : Crise de la modernité et consentement à la domination : étude comparée des conceptions marxistes hétérodoxes du fascisme, des années 1920 aux années 1940 (Allemagne Italie).

Résumé :

Je voudrais étudier le traitement de la question du fascisme chez un certain nombre d’auteurs marxistes hétérodoxes des années 1920 à 1940, italiens (Gramsci avant tout, mais également Togliatti et Tasca) et allemands (Bloch, Benjamin, Horkheimer, Adorno). Je tenterai dans les lignes qui suivent d’expliquer l’intérêt de ce thème et de préciser les délimitations de mon corpus ; puis j’entreprendrai de justifier ces dernières, en esquissant deux principales lignes de recherche et de réflexion (le lien entre la conception du fascisme et l’idée de crise de la modernité ; le problème du consentement des subalternes à la domination, et la manière dont l’idéologie et les dispositifs de pouvoir fascistes parviennent à le susciter).

 

Les mouvements puis les régimes fascistes ont évidemment représenté un ennemi politique pour les courants socialistes et communistes. Mais le fascisme a également constitué un défi théorique pour le marxisme. Le marxisme orthodoxe voyait en effet dans la démocratie libérale (dite bourgeoise) le régime le plus adéquat au système économique capitaliste, et seule une révolution guidée par le prolétariat semblait à même de les renverser et d’établir un type de société radicalement nouveau. Ne serait-ce que pour cette raison, l’émergence et le triomphe des fascismes italien et allemand ont donc impliqué une remise en cause d’un matérialisme historique économiciste, mécaniste et étapiste (concevant l’histoire comme une succession d’étapes prévisibles).

Je me propose de centrer mon travail sur des auteurs contemporains de ces régimes, ce que je justifie plus loin. En ce qui concerne l’Italie, Antonio Gramsci serait le principal objet de ma recherche. C’est dans les geôles de Mussolini qu’il a écrit ses textes les plus aboutis à la fois sur le fascisme (qu’il a pourtant commencé à analyser dès 1919), et sur l’histoire et la modernité. Je pense m’intéresser également à des textes de certains de ses anciens collaborateurs, en premier lieu Palmiro Togliatti et Angelo Tasca, qui produisirent des études approfondies du fascisme alors qu’ils étaient en exil, et qui comme Gramsci sont restés attentifs à la contingence des événements et à l’importance de la lutte idéologique et culturelle.