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Thibaut
Rioufreyt

Post-doctorant du LabEx COMOD de début septembre à fin août 2019 pour l'AXE III " L’État et les citoyens "

Thèmes de recherche

Projet de recherche : "Rationalité néolibérale et crise de la modernité politique".

Axe thématique auquel le projet se rattache : « L’État et les citoyens »
Responsable scientifique : Jean-Claude ZANCARINI
Unité de recherche : Triangle UMR 5206 (Directeur Renaud Payre)

Résumé: la littérature scientifique sur le néolibéralisme est pour le moins foisonnante, plus encore depuis la crise économique de 2007-2008. Plusieurs auteurs ont ainsi proposé une relecture des origines historiques du néolibéralisme. D’autres se sont penchés sur les formes nationales spécifiques prises par celui-ci ou sur la biographie intellectuelle de tel ou tel penseur néolibéral. Toutefois, le néolibéralisme ne constitue pas seulement une pensée politique et économique mais une rationalité politique qui informe et reconfigure les discours de notre époque tout aussi bien que la gouvernementalité des États contemporains. La thèse centrale au fondement de ce projet de recherche est que la diffusion de cette rationalité constitue une rupture avec les fondements même de la modernité politique. Substituant le sujet entrepreneurial au citoyen, la gouvernance au gouvernement, l’optimisation des capitaux humains à la recherche du bien commun, il participe pleinement de la crise que connaissent les régimes représentatifs héritiers de la plateforme civique moderne.
La question des rapports entre néolibéralisme et démocratie est complexe car ceux-ci sont pluriels. L’histoire des idées a largement documentée la composante anti-démocratique du projet néolibéral en tant qu’il consiste en l’extraction d’une partie des enjeux politiques, économiques et sociaux de la sphère de la souveraineté populaire. C’est tout l’enjeu de l’idée d’un ordre chez les ordolibéraux et du projet d’une constitution économique qui ne subisse pas les variations électorales. Un autre aspect concerne le soutien et l’appui d’une partie des néolibéraux à des régimes autoritaires, à l’instar de Friedrich von Hayek vis-à-vis du Chili de Pinochet ou de l’Argentine des colonels. D’autres travaux ont mis en avant le succès du néolibéralisme comme réponse autoritaire à la crise de gouvernabilité qu’aurait connue les démocraties occidentales des années 1960-19704, ou encore les mutations des techniques de gouvernement contemporaines, inspirées de la psychologie comportementale et des sciences cognitives, aboutissant à une véritable « psychological governance », voire une forme de « neuroliberalism ». Tous ces travaux sont précieux pour comprendre le rôle joué par l’hégémonie néolibérale dans la crise des démocraties contemporaines. Ils ont toutefois en commun de se placer du point de vue des acteurs qui ont contribué à l’élaboration, circulation, mise en œuvre du néolibéralisme, mais très peu du point de vue de ceux qui en sont la cible, c’est-à-dire les citoyens eux-mêmes. À moins de succomber au piège de l’influence, il convient pourtant de s’intéresser à la manière dont les citoyens ordinaires se sont appropriés les idées néolibérales et aux effets que cela a en retour sur les rapports ordinaires au politique et à l’État.


Activités / CV