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Axe "Genre et politique"

Présentation



Cet axe s'organise autour de deux projets structurants:
  1. "Théoriser en féministe": projet débouchant sur un colloque international organisé du 25 au 27 avril.
  2. "FELiCiTE (Féminismes En Ligne : Circulations, Traductions, Editions)":  plateforme en ligne de traduction d'ouvrages sur le genre. 

Les ressources

FELiCiTE

https://felicite.hypotheses.org/

Projet porté par une équipe pluridisciplinaire au sein du LabEx COMOD et du laboratoire Triangle (UMR 5206) à Lyon, et constitué de trois volets:

  • des ateliers de traductologie féministe (resp. Samantha Saïdi)
  • une plateforme de traduction collaborative en ligne (resp. Vanina Mozziconacci)
  • une revue en études de genre avec comité scientifique (resp. Françoise Orazi). 

Argumentaire

Par manque de traductions, on a vu parfois certains champs scientifiques prendre des années de retard en France, et cela de manière particulièrement significative pour les études de genre (Möser 2013). Considérant la traduction dans la tradition de l’herméneutique (Ricœur 1968, 1970, 1978, 2004 ; Wilhelm 2014), nous souhaitons l’inscrire au cœur de nos pratiques de recherche en études de genre. Pour cela, nous avons pour projet de mettre en place des ateliers de traduction qui s’appuieraient à la fois sur la constitution d’un collectif de traducteurs·rices et chercheur·es spécialisé·es en études de genre (basé·es à Lyon : UMR Triangle/LabEx COMOD), et sur la création coordonnée d’une plateforme collaborative de traduction ainsi que d’une revue électronique de textes traduits avec comité de lecture.

Traduire en tant que féministe n’est pas un acte neutre. Comme l’ont conceptualisé, dès les années 90 au Canada, des spécialistes de la traduction de textes féministes (de l’anglais vers le français et vice versa) comme Susanne de Lotbinière-Harwood (Lotbinière-Harwood 1991), la traduction permet à la fois une réappropriation des concepts de la langue source, mais également l’affirmation d’une langue « féministe » face au « discours patriarcal » et face à des siècles d’invisibilisation des femmes et d’assise androcentrique dans la langue cible, depuis la normalisation du français au XVIIe (Candea, Chevalier, Duverger et Houdebine 2016). Traduire en féministe permettrait donc un « affranchissement du discours dominant » (Delisle 1993) dans la langue cible mais aussi un affranchissement des traditions traductologiques basées sur « des métaphores sexuelles ou sexistes » (Wilhelm 2014) comme celle de l’herméneutique de l’élan et de la pénétration (George Steiner 1978) ou comme celle de beauté vs fidélité en traduction, inventé par Gilles Ménage et développé par Georges Mounin (Mounin 1992) (sur la critique de la métaphore des Belles infidèles voir par exemple Chamberlain 1988, Von Flotow 2014). Nous pourrions pour cela nous appuyer sur ce que nous pouvons appeler une traductologie féministe, comme celle de Lori Chamberlain (Chamberlain 2004), de Susan Bassnett (Bassnett 1993), de Gayatri Spivak (Spivak 1996).

Cependant nous nous appuierons également sur d’autres traductologues comme Rosemary Arrojo. En effet, celle-ci (Arrojo 1994) critique à son tour la violence faite au texte source assumée par des traductrices féministes comme Suzanne Jill Levine, pour des raisons politiques. Rosemary Arrojo rappelle que si Jacques Derrida voyait la traduction comme une « écriture productive », et une forme de texte « original », il ne peut en aucun cas servir de caution à la subversion volontaire des textes sources. Pour elle « la traduction est vraiment sujette à ce que nous pourrions appeler, via Derrida, un « double lien », c’est à dire, qu’elle est la fois […] possible et impossible, à la fois protectrice et abusive, et à la fois fidèle et infidèle, à la fois production et reproduction de sens. » Il est important, dans cette perspective, elle aussi féministe, de réfléchir aux formes d’affranchissement respectueuses des textes cibles, comme par exemple une utilisation de l’écriture inclusive contextuellement justifiable (utilisation de celle-ci quand on ne peut déterminer du texte original si on parle d’hommes ou de femmes).